Regain Vital

Reprendre une activité physique douce quand on est épuisé chroniquement

Un escalier de métro compte un certain nombre de marches avant que les jambes ne lâchent d'un coup, une main crispée sur la rampe pendant qu'un flot de gens vous dépasse sans un regard. Pour l'escalier de la station Jean Jaurès, ici à Toulouse, celui que je remonte presque tous les jours, je ne saurais pas vous dire ce chiffre exactement, mais je sais à quelle marche mon corps m'a annoncé qu'il ne suivrait plus. À l'époque, l'idée de reprendre une activité physique douce me semblait presque une provocation : j'étais épuisé d'une manière que le sommeil ne réparait plus, et le mot pacing ne voulait strictement rien dire pour moi. Ce qui a fini par tout changer, ce n'est pas une nouvelle habitude choisie sur un coup de tête, mais une règle presque bête : ne jamais bouger plus que ce que le corps a réellement en réserve ce jour-là, et juger le résultat à la manière dont on se sent des heures plus tard, pas pendant l'effort.

Le cycle où la bonne volonté ne suffit à rien

Avant d'arriver à cette histoire d'escalier, j'ai fait l'erreur classique : croire que la fatigue se combat en force. Un soir, rentré du travail complètement vidé, je me suis dit qu'il fallait justement bouger pour « réveiller la machine », comme si l'épuisement se dissolvait à force d'insister dessus. J'ai enchaîné une séance de sport en fin de journée, malgré des jambes qui suppliaient de rester assises. Résultat : plusieurs jours cloué, incapable de relire un mail sans avoir les yeux qui piquent de fatigue, et l'impression d'avoir tout cassé pour rien.

C'est ce que certains groupes de patients appellent le malaise post-effort : un effondrement qui arrive en décalé, jamais tout de suite, et qui punit largement plus que l'effort ne le méritait. Je ne suis ni médecin ni coach sportif, juste un type de trente-six ans qui gère des achats dans une petite boîte, et j'ai fini par comprendre que forcer le soir, sur un réservoir déjà vide, ne réveille rien — ça l'assèche encore plus.

Gros plan de mains posées sur le bois rugueux d'un banc public, pause pendant une marche douce de reprise après un épuisement chronique

Apprendre le pacing sans y laisser mon ego

Le déclic est venu un peu par hasard, en lisant que gérer son énergie a plus de sens que gérer son temps quand le corps ne suit déjà plus — une logique qui m'a semblé évidente une fois énoncée, presque bête d'avoir mis autant de temps à y arriver. Le pacing, dans mon cas, voulait dire ne jamais dépasser ce que j'avais réellement en réserve ce jour-là, pas ce que le planning ou la motivation du matin me promettait.

Dans mon boulot d'acheteur, où chaque dossier réclame une petite décision derrière l'autre, j'ai fini par reconnaître cette fatigue décisionnelle qui grignote la marge de manœuvre bien avant la fin de journée — et j'ai compris que mon énergie pour marcher venait du même stock que celle qu'il me restait pour trancher entre deux fournisseurs. Longtemps, j'ai mis un podcast ou de la musique pour tenir pendant mes marches, histoire de ne pas trop écouter mon corps. Erreur : quand le cerveau est occupé ailleurs, il ignore les signaux qui annoncent qu'on a déjà dépassé sa limite, et on ne le comprend que plus tard, sur le canapé, incapable de faire quoi que ce soit d'autre.

Cinq minutes, pas une de plus, autour de Jean Jaurès

Le rituel que je me suis imposé cet hiver-là aurait fait sourire n'importe quel coureur sérieux. En sortant de l'appartement, direction la station, je faisais le tour du pâté de maisons autour de Jean Jaurès — cinq minutes, montre en main, pas une de plus. Mon ego trouvait ça ridicule, à peine plus long qu'attendre une rame sur le quai. Mais l'objectif n'était pas de transpirer : c'était de laisser le corps refaire ses réserves sans déclencher l'alarme, cette histoire de mitochondries qu'on m'a un jour décrites comme les petites usines à énergie de nos cellules, à plat quand on tire trop dessus trop longtemps. Ce genre de sortie minuscule, c'est ce qu'on appelle la récupération active : bouger juste assez pour entretenir la machine, jamais assez pour la solliciter.

Cécile n'a pas dit grand-chose, mais ça a suffi

De retour dans l'appartement des Carmes, je m'installe au bureau calé sous la fenêtre qui donne côté rue, contre un pan de brique rose apparente qui est à peu près la seule touche déco de la pièce. Une étagère au-dessus du bureau porte une bonne dizaine de livres sur le stress et la concentration, dont la moitié n'a jamais été finie, et une chaise ergonomique achetée après une période où mon dos avait lâché lui aussi. C'est là que je note ce qui a tenu ou pas dans la journée. En fin d'après-midi, j'entends les voisins du rez-de-chaussée rentrer, des pas et des voix qui traversent le plancher, et ce bruit ordinaire me dit que la journée touche à sa fin sans que j'aie eu besoin de m'écrouler pour y arriver.

Cécile, ma voisine du dessus, m'a croisé un soir dans la cage d'escalier pendant que je remontais tranquillement, sans être essoufflé pour une fois. Elle n'a pas dit grand-chose, juste un « tu as l'air moins à cran que d'habitude » lancé en passant — mais venant d'elle, qui ne commente jamais rien pour rien, ça m'a plus marqué que n'importe quel bilan que j'aurais pu écrire moi-même.

Semaine sept, au bureau : je grimpe les marches jusqu'à mon étage sans un regard vers la rampe, sans ce réflexe d'aller chercher un appui avant même de poser le pied. Je m'en rends compte seulement en haut, la main encore suspendue à mi-hauteur, prête à agripper quelque chose qui n'était plus nécessaire. Ce genre de moment ne fait pas de bruit, mais c'est à ça que je juge si la méthode tient : à ces gestes qu'on ne fait plus, plutôt qu'à ceux qu'on ajoute. Cette histoire de spirale de la fatigue au quotidien, j'en reparle souvent, parce que la marche n'en est qu'un morceau parmi d'autres.

La lenteur paie plus que l'endurance

Loïc, un contact de forum plutôt sceptique sur les approches douces, m'a écrit un message assez sec le jour où j'ai raconté cette histoire de cinq minutes : pour lui, ça ne pouvait pas suffire, un ancien coureur ne se contente pas de ça. Il a fini par essayer quand même, comme presque à chaque fois que je lui parle d'une méthode de ce genre, et il m'a confirmé un truc que je soupçonnais déjà : le vrai gain n'est pas dans la marche elle-même, mais dans ce qu'elle change au reste de la journée.

Moins de trou d'air en tout début d'après-midi, moins ce brouillard qui empâte les idées vers le milieu de journée, et un sommeil qui répare vraiment au lieu de juste couper le courant quelques heures. Le corps épuisé vit une sorte de cycle de réponse au stress qui ne redescend jamais complètement ; une marche trop courte pour fatiguer, mais assez régulière pour rassurer le système nerveux, semble être ce qui le désamorce le mieux — en tout cas dans mon cas, et dans celui de Loïc.

La marche n'est plus une menace, juste un outil de plus

Quatre ans que je travaille cette question de l'énergie à ma façon, et cette histoire de marche reste la seule chose qui a vraiment tenu sur la durée, sans y laisser ma santé. Je ne cours toujours pas, je ne cherche pas à devenir sportif, ce n'est pas le sujet. Ce qui a changé, c'est que je peux traverser une bonne partie de la ville à pied sans que l'après-midi soit fichu, ce qui, il y a encore quelques mois, aurait déclenché exactement ce genre de journée dont je parlais en évoquant pourquoi on se sent toujours fatigué après le travail au bureau, sauf que cette fois le bureau n'y était pour rien.

Le plus dur a été de désapprendre ce qu'on nous répète sur le dépassement de soi. Quand le corps tourne déjà à vide, se dépasser est à peu près la pire chose à tenter. Il vaut mieux accepter des séances qui ressemblent à de la paresse vue de l'extérieur, et se fier à un seul critère pour juger si une sortie a servi à quelque chose : l'état dans lequel on se retrouve deux heures après, pas la distance parcourue ni le temps passé dehors. Rentrer avec un peu plus d'énergie qu'au départ, c'est gagné. S'écrouler sur le canapé en rentrant, c'est perdu, même après une heure de marche. C'est à peu près la seule règle que je garderais si je devais n'en garder qu'une.

À savoir : Tout ce que je partage ici provient de mon vécu et de mes recherches personnelles. Cela ne constitue en aucun cas un conseil médical, financier ou juridique. Parlez-en à un professionnel qualifié avant d'agir sur la base de ce que vous lisez ici.

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